11.09.2014

VALÉRY DROUET.


Dans le milieu de la pub –et plus précisément dans celui des tournages de films publicitaires- les rencontres sont souvent surprenantes et parfois encourageantes.

Je reviens de deux jours de préparation et deux de tournage d’un film pour une marque de « fast food ». Le tout à Barcelone, avec une équipe mixte et une excellente collaboration entre concepteurs et techniciens français, catalans et espagnols.

Mon humble rôle d’assistant du « food stylist » m’a permis de connaître de près pendant plus de vingt heures –les deux journées de tournage- celui qui pendant ce temps a été mon patron direct, Valéry Drouet, styliste de produits alimentaires et bien connu en France comme auteur d’une soixantaine longue de bouquins de cuisine.

Un type simple et clair avec qui les rapports ont été faciles dès le début et l’entente impeccable. Des rapports professionnels mais aussi, et surtout, essentiellement humains.

Les tournages de pub sont des séances de travail quasiment sans arrêt, au cours desquelles les désaccords et les tensions sont fréquents. Le niveau d’exigence, les délais généralement très serrés et la concurrence de plusieurs douzaines de techniciens de tout bord et de différents métiers ne rendent pas les choses faciles, d’où le privilège –pas du tout habituel- de collaborer avec quelqu’un avec qui les échanges sont faciles, le discours clair et l’attitude simple et sans accrocs.

Quand tout cela vient d’un être comme Valéry Drouet, au haut niveau professionnel et à la carrière et la vie aussi bien remplies, le sentiment pour l’assistant –mon rôle en cette circonstance- ne peut être qu’absolument perméable et ouvert à l’apport d’expérience, de connaissances et de savoir faire.

Je vous épargne les détails, car l’important est ici la sensation d’avoir travaillé avec quelqu’un d’hors normes, même si l’apparence, l’attitude et le langage de Valéry sont aux antipodes de la vedette que l’on peut espérer.

Un type simple au métier bien appris et dont la vie et les intérêts vont bien plus loin que les étroites dimensions d’un plateau ou d’un décor. La famille, l’écriture, les projets, l’intensité du jour à jour assumée comme une partie de sa normalité, d’une façon de vivre qui n’a que très peu de rapports avec la routine.

Le rôle de l’assistant permet l’observation des gestes, des réactions, du caractère et des procédés. De la façon d’être, des raccourcis, de l'expérience, du savoir faire et, dans ce cas spécifique, des larges espaces que monsieur Drouet accorde à sa liberté personnelle.

À son univers intime, à son point de vue, à sa perception du présent et au sujet du futur.

Un type au profil apparemment bas qui dévoile peu à peu, heure à heure -et pour autant que l’observateur y mette du sien- une vie intérieure d’une richesse rare qui ne perd jamais le contact avec le facteur sol, avec le terrain, les gens, son entourage immédiat, sa réalité et l’équilibre entre effort et compensations que tout cela suppose.

Confiance, maîtrise du moyen, une quantité surprenante de tours et une bonhomie « ad infinitum » dans son sac d’homme discret qui mérite tout mon respect.

Merci Valéry.


Pierre Roca